Petite histoire de la mode

La mode au XXème siècle

samedi 29 mai 2010 par pierre royneau

Les années fric et frime (1976-1988)

Les années 80 sont le symbole d’un consumérisme acharné. On érige la réussite en religion, le statut social en culte. Les logos, les griffes dénotent d’une réussite confirmée en s’affichant de façon ostentatoire. On célèbre le luxe et la mode devient un marqueur social.
Tout est basé sur le paraître. Les vêtements sont excentriques, se teintent de couleurs saturées, voire fluorescentes. Les motifs, les détails sont nombreux. Pois, rayures, strass, paillettes ornent les tenues. Les accessoires explosent et les modèles se couvrent de boucles d’oreilles et de bracelets oversize.
Le corps devient le maître-mot. On pratique le sport, on suit des régimes, on consomme des vitamines, des anabolisants, on a recours à la chirurgie esthétique. Les vêtement doivent désormais sublimer ce corps et les créateurs vont en forcer le trait. Ainsi, les épaules s’élargissent, les jambes s’allongent, la taille s’affine, les seins se gonflent ... Le lycra rend élastique les matières qui épousent désormais le corps et montre l’anatomie.

///// Thierry Mugler (1948-...)

En 1977, Thierry Mugler développe un style à contre-courant des tendances folkloriques ou déstructurées du moment. Créant sa propre griffe, il revendique l’élégance féminine et initie une coupe révolutionnaire où la silhouette est fortement stylisée.
Créant une femme conquérante et sensuelle, il exagère les formes féminines. Ses modèles sont très structurés. Les tailles sont étranglées et ce resserrement est encore plus accentuées par des empiècements colorés sur les côtés. Les poitrines sont sculpturales, les pantalons et jupes ultra-moulants.
Les tenues de thierry Mugler font des clins d’œil fréquents à la mode fétichiste, utilise les clichés érotiques et renforce de cette façon l’image de la femme dominatrice.
Visionnaire, Thierry Mugler innove aussi bien dans les formes que dans les matières. ses créations exubérantes s’accordent ainsi de cuir, de métal, de latex ou de fourrure.
Amoureux de la scène et du show, il est à l’origine des costumes de Mylène Farmer et du Cirque du soleil.

Thierry Mugler blouson de cuir brodé de sequins - années 80

 Thierry Mugler - années 1980

Thierry Mugler - Ensemble en crêpe de laine rose - 1983-84

///// Claude Montana (1949-...)

Claude Montana, dans la mouvance futuriste de Mugler, propose dès la fin des années 1970, des silhouettes à l’opposé de celles de la décennie. Dès 1978, lorsqu’il ouvre sa propre maison, les vêtements du créateur affichent déjà l’ampleur des années 1980.
Le défilé de cette année fait scandale, la presse voyant des réminiscences néo-nazies dans les modèles sculpturaux présentés autour d’une mise en scène orchestrée avec excessivement de rigueur, où chaque élément a son importance et où tout superflu est éliminé.
Cette rigueur s’exprime également dans les tenues que Montana propose. Les formes sont épurées, fortement architecturées autour de cols et d’épaules proéminents. Les coupes sont sévères et les détails sont savamment pensés pour ne pas déséquilibrer la structure volumique de vêtement.
Claude Montana utilise avec efficacité des matériaux bruts et nobles, et plus particulièrement le cuir qu’il a appris à travailler en 1971 chez Mac Douglas. Mais, là encore, sa rigueur s’impose pour le choix des tissus et des coloris, préfigurant le minimalisme de certaines créations des années 1990 et 2000.

Claude Montana - Années 1980

Claude Montana - blouson de cuir clouté porté par la princesse Stéphanie de Monaco - 1985

Claude Montana - 1988

///// Jean-Paul Gaultier (1952-...)

Jean-Paul Gaultier apprend son métier chez Cardin et Patou.
C’est dans les années 1980 qu’il se fait véritablement connaître et qu’il est fortement médiatisé en habillant Madonna pour sa tournée Blond Ambition Tour. Il façonne pour la chanteuse une spectaculaire tenue de scène où le dessous devient un vêtement du dessus. Le vêtement créé garde l’aspect traditionnel d’un corset, grâce notamment au satin de soie rose dont il est constitué. Cependant le système du corset est totalement repensé. Les piqûres des bonnets ne sont pas concentriques, le corset est muni de bretelles et est ceinturé, les jarretelles ne servent à rien puisque la chanteuse porte des collants.
Le travail de Jean-Paul Gaultier, très fantaisiste, joue beaucoup sur cette inversion dessous/dessus : il crée des vestes-lingerie, des vestes-body, des robes à corsets lacés. Lors de sa collection de l’hiver 1985, il affuble ses modèles de seins en forme d’ananas, exacerbant les spirales des gaines et des soutien-gorges d’après-guerre, faisant référence en cela aux créations de la maison Wacaol qui plaçait des spirales métalliques dans les bonnets de ses sous-vêtements pour mieux faire pointer les seins.
Jouant de la provocation, Gaultier tourne en dérision les poncifs masculins/féminins et exagère les attributs de la sexualité. En 1984, il crée la mode du Boy-toy, cet "homme-objet" en marinière qui deviendra un des classiques du créateur. Il fait défiler des hommes portant des jupes et donne à l’unisexe ses notes de noblesse.
L’enfant terrible de la mode française joue beaucoup des lieux communs, s’accaparant, récupérant et transformant les signes du pouvoir, du sexe, de la séduction, de l’argent, de la religion...

Jean-Paul Gaultier - Bustiers

Jean-paul Gaultier - Bustier - 1984

Jean-Paul Gaultier - 1986

Jean-Paul Gaultier - Boy Toy

///// Azzedine Alaïa (1935-...)

Azzedine Alaïa suit une formation en sculpture aux Beaux-Arts de Tunis. En 1981, il lance sa marque et en 1982, il travaille pour Dior et fait son premier défilé.
Affectionnant les matériaux qui épousent naturellement le corps, il moule étroitement la silhouette de cuir, lainage, toile de lin, tissu éponge, stretch. Il propose des blousons extrêmement structurés, des bustiers moulants, des robes lacées révélant un côté du corps. Sculpteur de formation, Azzedine Alaïa travaille à même le corps afin d’exalter la prestance du mannequin et magnifier la femme qui porte le vêtement.
Ses toilettes, éminemment structurées seront particulièrement représentées à travers la silhouette féline du modèle Grace Jones.

Azzedine Alaïa - Prêt-à-porter automne-hiver 1989

Azzedine Alaïa - Prêt-à-porter automne-hiver 1989

Azzedine Alaïa et Grace Jones

///// Karl Lagerfeld (1933-...)

Couturier allemand, Karl Lagerfeld fait son apprentissage chez Balmain et Patou. À la fin des années 70, ses tenues suivent la mode disco. Depuis 1983, il travaille chez Chanel et, en parallèle de son travail pour la grande marque, Lagerfeld lance sa propre maison dont l’activité s’arrête en 1997.
Grâce à lui, Chanel redevient une griffe culte. tout en respectant les éléments traditionnels de la maison, Lagerfeld innove et s’inscrit pleinement dans la décennie. Il raccourcit les jupes, utilise le cuir et base le nouveau style de la maison sur le contraste noir/blanc. Le créateur travestit les chaînettes originelles de Chanel (qui servaient à lester le bas de ses tailleurs) et en fait de grosses ceintures dorées et de colliers dans le plus pur style des années 80. Le logo de la marque (monogramme CC) devient très visible.
Les vêtement du couturier sont ostensiblement luxueux. Il assortit ainsi des bustiers scintillants et des vestes courtes, orne ses créations de broderies voyantes, et pare ses modèles de bijoux fantaisie.

Karl Lagerfeld pour Chanel - Tailleur en lainage rose - 1986

Karl Lagerfeld - tailleur Chanel - années 80

Karl Lagerfeld pour Chanel - années 80

La mode venue du Japon

Les années 1980 voient aussi l’arrivée d’une nouvelle génération de stylistes japonais.
Ces jeunes créateurs, issus d’une culture à forte tradition et, en même temps, désireuse de modernité, suivent bien sûr les traces de leurs "maîtres" Kenzo Takada et Issey Miyake.

///// Issey Miyake (1938-...)

Le style d’issey Miyake est marqué par les formes du vêtement traditionnel japonais mais se nourrit également d’influences occidentales.
Travaillant avec prédilection le plissé, Issey Miyake fait référence à l’origami mais suit également le travail de Mariano Fortuny. Cependant, même si son travail s’appuie sur les enseignement de ce grand couturier du début du siècle, il n’utilise pas la traditionnelle soie, mais plutôt des tissus synthétiques aux couleurs intenses. Ses vêtements permettent la flexibilté et le mouvement des porteurs et facilitent l’entretien et la production. Cela aboutit finalement à une nouvelle technique de fabrication présentée à travers une série appelée Pleats Please. Les vêtements sont d’abord coupés et cousus puis, pris en sandwich entre deux couches de papier, ils sont introduits dans des presses chaudes où il se plissent. Lorsque ces tenues sont enfin libérées de la presse, le tissu garde en mémoire les plis et sont prêts à être porter.
Issey Miyake multiplie les innovations et créer des tenues aux tissus froissés, compressés, rétrécis... Il va également utiliser des matières totalement étrangères au monde de la mode telles que le plastique, le fil de fer (rappelant les armures de samouraïs), le papier, l’osier.
Originaux, ses vêtements d’influence japonisante peuvent être légers, souples ou sculpturaux, simples ou complexes, jouer de matières archaïques ou technologiques, être déclinés en robes, jupes, pantalons, en vestes ou en tee-shirts.

Issey Miyake - années 1980

Issey Miyake - Veste kimono

Issey Miyake - Combinaison

Issey Miyake - Bustier - 1980

///// Yohji Yamamoto (1943-...)

Yohji Yamamoto présente sa première collection de prête-à-porter en 1977 à Tokyo et organise son premier défilé à Paris en 1981.
Ses vêtements sont amples, souvent volumineux et affichent généralement un caractère multifonctionnel. Certaines de ses vestes sont ainsi réversibles grâce à des poches et à des lacets supplémentaires.
Ses créations tiennent davantage de la sculpture que de l’habit. Les coupes sont disproportionnées, les volumes géométrisés. À l’origine du Déconstructiviste, Yamamoto enveloppe les corps de courbes aux proportions exagérées et de volumes distendus et définit des formes asymétriques. Le corps semblent cachés, perdus dans leurs tenues et Yamamoto estompe les différences homme/femme à travers une esthétique asexuée.
Sa palette de couleurs est très épurée et oppose souvent le noir et le blanc.

Yoshi Yamamoto

Yohji Yamamoto - robe jumper - 1988-89

Yohji Yamamoto - prêt-à-porter

///// Rei Kawakubo (1942-...) / Comme des garçons

Rei Kawakubo est plus connue à travers le nom de sa marque Comme des Garçons .
Elle lance sa première collection en 1981 à Paris. La presse acclame ses créations androgynes aux coupes amples et asymétriques et qualifie les lignes de Comme des Garçons de "Hiroshima chic". Alors que la mode parisienne des années 1970 est chatoyante, Kawakubo propose des vêtements aux allures presque misérables, sans véritable forme, et sont systématiquement monochromes, faisant exclusivement appel au gris, au beige et au noir. En 1982, elle crée le pull dentelle constellé de trous semblant attaqués par des mites.
À l’opposé des représentations corporelles et vestimentaires occidentales, ces créations sont difformes et ne suivent pas les lignes naturelles du corps. Les tenues de Kawakubo semblent ne respecter aucune des conceptions d’harmonie habituelles mais, loin de contredire le corps, elles se structrurent autour de celui-ci, comme des sculptures indépendantes.
En 1989, Kawakubo introduit la couleur dans ses créations. En 1997, sa collection est faîte de robes agrémentées de bosses, de nodules et d’excroissances matelassées. Là encore, elle remet en cause les habitudes esthétiques vestimentaires et fait l’impasse sur l’histoire du costume occidental.
Depuis le début de Comme des garçons, sa communication échappe également aux standards du graphisme. Les cartons d’invitation, les catalogues de collection et tous les documents visuels produits sont , à l’image des créations vestimentaires de la marque, des éléments destructurés, décomposés afin d’être de véritables vecteurs de sens.

Kawakubo - Comme des garçons - collection 1986-87

Kawakubo - Comme des garçons - 1997

Kawakubo - Comme des garçons - 2010


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