Édouard Manet

lundi 8 décembre 2008 par pierre royneau

- "Le déjeuner sur l’herbe" Edouard Manet Huile sur toile, 208 × 264,5 cm, 1862-1863, Musée d’Orsay, Paris "Le déjeuner sur l’herbe" d’abord intitulé Le Bain, puis La Partie carrée a provoqué un scandale. La juxtaposition d’une femme nue avec des hommes entièrement vêtus a suscité la controverse lorsque le tableau a été présenté pour la première fois au Salon des Refusés en 1863. Elle en constitua la principale attraction, objet de moqueries et source de scandale. Pourtant, Manet revendique dans Le déjeuner sur l’herbe l’héritage des maîtres anciens et s’inspire de deux œuvres du Louvre. Le Concert champêtre du Titien, alors attribué à Giorgione, fournit le sujet, tandis que la disposition du groupe central s’inspire d’une gravure d’après Raphaël : Le jugement de Pâris. Mais dans Le déjeuner sur l’herbe, la présence d’une femme nue au milieu d’hommes habillés n’est justifiée par aucun prétexte mythologique ou allégorique. La modernité des personnages rend obscène, aux yeux de ses contemporains, cette scène presque irréelle. Manet s’en amusait d’ailleurs, surnommant son tableau "La partie carrée". Le style et la facture choquèrent presque autant que le sujet. Manet abandonne les habituels dégradés pour livrer des contrastes brutaux entre ombre et lumière. Aussi, lui est-il reproché sa "manie de voir par taches". Les personnages ne semblent pas parfaitement intégrés dans ce décor de sous-bois davantage esquissé que peint, où la perspective est ignorée et la profondeur absente. Avec Le déjeuner sur l’herbe, Manet ne respecte aucune des conventions admises, mais impose une liberté nouvelle par rapport au sujet et aux modes traditionnels de représentation.

"Le déjeuner sur l’herbe" Pablo Picasso Huile sur toile, 130 x 195 cm, 1960, Musée national Picasso, Paris Picasso a toujours éprouvé le besoin de se mesurer aux maîtres des musées. Ce besoin se fait plus impérieux à la fin de sa vie. Il revisite notamment les œuvres de Cranach, de Grünewald, de Velázquez, de Delacroix, de Courbet, de Poussin et de Manet. Le choix du Déjeuner sur l’herbe s’impose à Picasso parce que c’est une des œuvres fondatrices de la peinture moderne. Parce que s’y déroule un dialogue entre un personnage (incarnation du peintre ?) et un modèle. Parce que c’est un rappel du thème du bain qui l’intéresse depuis ses débuts. Parce c’est également un moyen pour lui de démontrer que la peinture est vivante, même si elle est inscrite, pour l’éternité, dans le parcours d’un musée.

" Le déjeuner sur l’herbe" Alain Jacquet Diptyque,sérigraphie sur papier, 172,5 x 196 cm, 1964, MAMAC de Nice Alain Jacquet est décédé à New York le 4 septembre 2008. Le Déjeuner sur l’Herbe" est son premier tableau mécanique. On y retrouve les principes de ses tableaux précédents : le fameux sous-bois de Manet s’est transformé en un jardin avec piscine, le pain s’est modernisé en pain biscotté en tranches spécial-pique-nique, enveloppé sous cellophane de la marque Jacquet ! Ce monument de l’histoire de l’art, point d’entrée de la modernité, est revisité par Jacquet. Il réalise un tableau vivant de la scène qu’il va photographier pour en faire la matière du fameux diptyque. Parmi les protagonistes, il choisit Pierre Restany, le mentor du Nouveau Réalisme et Jeannine Goldschmidt, la directrice de la galerie J à Paris. De cette scénographie célèbre, Jacquet fait une œuvre aux déclinaisons multiples, inscrivant les solutions diverses dans une longue perspective sérielle, en jouant sur les recadrages partiels. Le savant décalage des trames de couleur primaire, tout en masquant la signature du fabriquant du pain de mie fait définitivement recette. L’œuvre de Jacquet sera souvent identifiée à partir des registres spécifiques de ce seul tableau.

"Le déjeuner sur l’herbe" Yves Saint-Laurent Saint-Laurent, qui aime la peinture, est un fin connaisseur et un grand collectionneur (Goya, Matisse, Van Gogh, Braque, Picasso, Mondrian, Cocteau ou Warhol qui fit de lui le fameux portrait Saint-Laurent). Le couturier français lance cette campagne pour la collection automne-hiver 98/99 sur le mode du détournement d’œuvres classiques. La campagne Printemps 1999 se décline donc en six tableaux : La Joconde de Léonard de Vinci, Le Jeune homme au bord de la mer d’Hippolyte Flandrin, La Madeleine pénitente de Georges de La Tour, L’Odalisque au bain de Dominique Ingres, Les trois Grâces de Jean-Baptiste Régnault, La toilette de Vénus de Diego Velasquez. Le choix des œuvres s’est porté sur des tableaux célèbres dans le monde entier, très polémiques lors de leur présentation au public. Nul doute que ce parfum de scandale a séduit la marque. Cette campagne joue sur l’ambigüité des sexes avec des mannequins au physique androgyne, dont la star Kate Moss. La campagne reprend ce qui avait choqué le monde de la peinture en 1863, c’est-à-dire l’association de corps nus et habillés, inaugurée par Manet pour son célébrissime "Déjeuner sur l’herbe". Un moyen habile d’exposer les nouvelles tenues de la collection homme d’Yves Saint-Laurent. Un casting pas vraiment surprenant mais dont le traitement le devient vite puisqu’il s’agit bien moins d’une "reconstitution" que d’une réelle interprétation projetant la "grande peinture classique". Le tout un peu habillé, ça dépend des scènes, en Saint-Laurent Rive Gauche. On ne manquera pas de constater, l’indéniable érotisme de cette campagne, qui met en valeur la plastique ténébreuse des divers modèles.

"Le déjeuner sur l’herbe" Pépé Smit photographie, 100 x 150 cm, 2003 La première impression lors d’une rapide confrontation avec les œuvres de Pépé Smit est la sensation de douceur de ses photos. Mais, si l’on prend le temps d’aller voir de plus prêt, un autre monde émerge, un aspect plus sombre des images va se révéler à nous. Cynisme, humour, références sexuelles, tabou qui vous heurtent frontalement (par exemple avec sa photo de pin-up aux longs cheveux blonds dont on découvre la forte pilosité de son aisselle). Dans le Déjeuner sur l’Herbe, à l’instar de Manet, il travestie une partie de pique-nique familial dominical en scène étrangement malsaine, où, ici, une enfant est amenée à participer aux jeux sexuels de soumission de ses parents.

- Ressource iconographique des documents vus en classe.


Manet - l'olympia - 1863
Édouard Manet - 1832-1883 - photo de nadar
Titien - la vénus d'urbin - 1538
Manet - le déjeuner sur l'herbe - 1863
Titien - le concert champêtre - v.1510
Raphaël - le jugement de Pâris - v. 1514-18
Picasso - le déjeuner sur l'herbe - 1960
Alain Jacquet - le déjeuner sur l'herbe - 1964
YSL - le déjeuner sur l'herbe
Pépé Smith - le déjeuner sur l'herbe - 2003
Manet - le fifre - 1866
Vélasquez - pablo de valladolid -v. 1635
Manet - un bar aux folies-bergère - 1881-82
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